Franck Emond: The call of nature

Franck Emond: L’appel de la nature

« Quand tu travailles pour des grosses corporations, tu te retrouves au sein de grosses structures, avec beaucoup de processus, avec beaucoup de charge mentale. Ce sont des emplois qui te demandent beaucoup mentalement ! » C’est ce que nous explique François d’entrée de jeu lorsqu’on le questionne sur son passage du monde des logiciels financiers au monde de la pêche au saumon de l'Atlantique.

Texte par Guillaume Morin

Immensité boréale et traditions cries Vous lisez Franck Emond: L’appel de la nature 6 minute Suivant De la nature à l’assiette

Remontons un peu dans le temps. Franck est natif de la Beauce, plus précisément de la ville de Sainte-Marie, située à quelques kilomètres au sud-est de Lévis. Son enfance se déroule entre son patelin natal, la banlieue sud de Montréal et la belle ville de Québec. Très jeune, il a la chance de découvrir la pêche, la chasse et le piégeage alors qu’un ami d'école l’invite, à plu-sieurs reprises, à son chalet dans Bellechasse. Déjà à cette époque, le jeune François ressent l’attirance de la campagne et chaque séjour en forêt cultive en lui la flamme qui l’anime aujourd’hui.

Après des études en géographie physique à l’Université Laval et trois ans de service comme officier au sein des Forces Armées Canadiennes, Franck travaille dans la restauration, avant d’être approché par un ami de Calgary qui recherche un représentant pour l’Est du Canada pour une entreprise en développement qui se spécialise dans le domaine des logiciels de gestion financière. C’est à ce moment que sa carrière prend son envol. Formé au sein même de la firme, il y occupe divers emplois, mais principalement il s’occupe du développement et de l’exploitation d’applications de gestion de régimes d’achat d’actions et de rémunération pendant plus d’une dizaine d’années.

« Habiter sur les grandes artères du centre-ville présente son lot d’avantages, mais François a toujours apprécié le rythme différent de la campagne.»

Et après de longues années dans le monde corporatif, il rêvait de nouveaux défis. Malgré les vacances, le salaire et les nombreux autres avantages sociaux offerts par son employeur de l'époque, François ne se sent pas comblé par son travail. Par une heureuse coïncidence Fred Campbell l’appelle pour une matinée de chasse aux canards sur l’Île d’Orléans en compagnie du guide Mathieu Tremblay. Arrivé sur place, il se rend compte qu’en plus de ses amis et partenaires de chasse, quelques caméras sont disposées de manière à capturer l’expérience. La série Hooké à la chasse était doucement en voie de voir le jour. Quelques semaines plus tard, Fred invite Franck à tenir le rôle d’animateur de la série. Sans hésiter, il choisit de prendre un congé sans solde de huit mois pour relever ce nouveau défi. Pendant le tournage, un vieux sentiment se confirme: il doit changer de vie et se rapprocher de la nature, de ses vraies passions. Mais le contrat vient à échéance et il se doit de retourner au travail, devant son ordinateur.

Après l’acquisition de la firme pour laquelle il travaille par un gros joueur sur l’échiquier de la finance en 2019, il reçoit un appel de son ami Alex Mallais qui lui offre de venir guider pour le Salmon Lodge sur la Grande Cascapédia.

L’idée de quitter la vie urbaine pour se rapprocher de la nature s’impose d’elle-même. Il choisit donc de vendre sa maison et de migrer vers la Gaspésie pour y trouver le bonheur, sans trop savoir ce que la vie de guide de pêche lui réservait. Déménager en temps de pandémie amène son lot de difficultés, mais la motivation que sa réalité prochaine lui amène le porte. Devant un avenir incertain, il choisit de louer un petit logement temporaire avec sa femme et ses trois enfants. N’ayant pas pu dire au revoir à leurs amis à cause du confinement, ceux-ci trouvent le départ difficile. Mais après une saison de guidage chargée et fort de sa nouvelle expérience, Franck choisit, pour la saison 2020, de renouveler l'expérience et de développer ses compétences auprès de la société Cascapédia en devenant guide de pêche au saumon sur le secteur 17 miles, en plus de conserver son emploi au Salmon Lodge. Au printemps 2021, François décide d’officialiser son déménagement et fait l’acquisition d’une maison à Cascapédia St-Jules, tout près de chez son ami Jean-Philippe Tessier, un guide de pêche au saumon réputé qui l’a fortement inspiré.

« On dit qu’un travailleur heureux est un travailleur productif. Ce n’est donc pas un hasard si François se fait remarquer par Evan Sexton, propriétaire de la boutique Sexton & Sexton et gérant du Middle Camp sur la Grande Cascapédia, qui lui offre un emploi au prestigieux lodge. »

Après mûre réflexion, il accepte le poste important de cogestionnaire de ce haut lieu de la pêche au saumon de l'Atlantique. Cette nouvelle aventure l’amènera à gérer une douzaine d’employés, dont huit guides de pêche. Il est aussi responsable des réservations, des paiements et de l’accueil des clients. Afin de s’assurer que ces derniers ne manquent de rien, il révise les commandes de matériel en plus de répondre aux demandes spéciales. Bref, il s’occupe de tout et réussit même à guider de temps en temps.

Malgré ce travail intense - il travaille sept jours sur sept pendant toute la saison de pêche au saumon - François file finalement le parfait bonheur. Et sa famille, particulièrement Alexandra, sa femme, a joué un rôle très important. Sans son soutien et ses encouragements, rien de tout cela n’aurait été possible. Dès leurs premières conversations, quand tout ça n’était encore qu’une esquisse, un rêve, elle l’a épaulé et encouragé à suivre son cœur, son instinct et à foncer. Il occupe maintenant un emploi qui le passionne et il en vit pleinement. L'hiver, il travaille à la station de ski Pin Rouge, profitant de cette saison plus calme pour se reposer afin d'entamer la prochaine saison de pêche au meilleur de sa forme. Dernièrement, il s’est même acheté une petite terre à bois où il peut se retirer de temps en temps pour chasser et passer du temps en famille, en forêt. Ses enfants, quant à eux, ont intégré leur nouvelle école, se sont fait de nouveaux amis et adorent leur vie en campagne. Enfin, à 42 ans, François se sent à sa place.

« Après près de trois ans à vivre à échelle humaine avec ceux qu’il aime, Franck le dit sans détour : il me serait désormais vraiment très difficile de retourner à un emploi conventionnel. Merci la vie !»