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La piste du chasseur

16 octobre 2018

Chasser l’oiseau migrateur – comme tous les types de chasse, c’est beaucoup plus que l’action de tuer. C’est avant tout une connexion entre l’homme et la nature. Pour réussir une bonne chasse il faut d’abord porter attention à son environnement et comprendre le territoire, mais il faut bien connaitre son arme, l’oiseau et son chien.

La piste du chasseur

Rubens est mon épagneul anglais que j’ai adopté quand il avait presque deux ans. Avant cela, il a vécu dans trois familles différentes ce qu’il l’a rendu anxieux. Pour ce qui est des oiseaux par contre, c’est toute autre chose. Il adore la chasse et les oiseaux et je me surprends parfois à espérer qu’il m’aime autant que je puisse l’aimer. À mes yeux c’est Rubens, mais son vrai nom d’adoption c’est Tikk-a-ring. Pourquoi ai-je décidé de le renommer Rubens ? C’est en l’honneur du célèbre peintre néerlandais Peter Paul Rubens qui adorait peindre de magnifique scène de chasse et qui était sans aucun doute un opportuniste.

Pendant la saison morte, la routine s’installe. Tous les matins je marche avec Rubens sur la même route et au même moment de la journée. C’est le matin je suis capable de voir et entendre si les oiseaux migrateurs sont de retour. C’est quand le doux son des oiseaux se fait entendre que les matins prennent vie.

La vie nordique en Laponie suédoise, près du cercle polaire, se définit par des saisons bien distinctes. Après l’été, il y a l’automne et l’hiver suit le printemps. Je sais que quand je dois mettre mon cache-oreilles en sortant le matin, la majorité des oiseaux ont déjà quitté pour le sud et la chaleur.

À 5 heures du matin près du port, il n’y a que moi et les gars qui s’entrainent pour un triathlon qui anticipons le froid.

Pendant les weekends, si la neige n’est pas trop épaisse, Rubens et moi essayerons d’aller chasser. À onze ans par contre, il n’est plus très motivé à m’accompagner dans de laborieuses marches dans la neige.

Provenant d’une famille de chasseurs, je suis né chasseur. Mon père et mon grand-père étaient d’excellents tireurs. Le prix d’une cartouche à l’époque ne permettait pas de rater sa cible. Vivant dans le bois et au sein d’une famille pauvre, chasser rimait avec nourriture sur la table. Même encore aujourd’hui, j’ai un pincement au cœur en achetant des cartouches dispendieuses, mais je sais que cela se traduit avec une récolte de nourriture à ramener à la maison.

J’adore les canards, les oiseaux ainsi que l’orignal que ma famille et moi rapportons toutes les années. Il y a quelque chose de spécial à cuisiner une viande qu’on rapporte soit même en sachant d’où elle vient. Pour ma famille et moi, la nourriture est importante et elle ne devrait pas provenir d’un contenant de styromousse.

La piste du chasseur

J’ai donc été assez chanceux de grandir en m’intéressant à la nature et les oiseaux. Cela n’est pas seulement dû au fait que j’ai grandi dans une famille où la chasse et les rassemblements faisaient partie de la routine. Intéressé par les producteurs à petites terres et les cueilleurs, j’ai manifesté un intérêt pour ce style de vie. Maintenant plus populaire et appelé « producteurs locaux », je paie une attention particulière à la nature qui m’entoure. Mon grand-père était ornithologue et adorait voir les premiers vanneaux dans les champs. C’était un signe. Il disait : « C’est bientôt le temps des labours printaniers ».

Il savait que la fonte des neiges approchait et que d’ici quelques semaines le sol commencerait à sécher et qu’il pourrait enfin retourner dans le champ avec le vieux tracteur. Le retour des vanneaux annonçait l’arrivée de l’été. C’était toujours quelque chose d’attendu.

Vous savez, en toute honnêteté, quand je suis à la recherche d’oiseaux ou juste en train de les regarder, un ami comme Rubens n’est pas d’une grande aide. C’est tout le contraire que lorsqu’il est à la chasse. Le défunt philosophe espagnol Ortage y’Gasset disait : « L’Homme est un fugitif de la nature ».

La différence entre aller chasser et prendre une marche avec un chien est très distincte. Il ne suffit que d’apporter un fusil à pompe et la transformation est complète.

Je chasse les mêmes terres et forêts depuis mon enfance, je connais la différence des saisons par cœur. Je vois également la différence des changements dans le climat et la nature. Quand j’étais jeune, il avait plus de grand tétras que de tétras lyre. Par contre, l’industrie forestière moderne a toute changé cela. Maintenant le tétras lyre et l’orignal aiment mieux les repousses que les endroits fraichement coupés.

La piste du chasseur

Je n’aime pas toujours ce que je vois. En 1992, le gagnant du prix Pulitzer et scientifique de l’université de Harvard E.O. Wilson écrivait dans son livre : La diversité de la vie, que nous étions en train de détruire les habitats naturels à un rythme désastreux. À l’époque, Wilson estimait que d’ici 2020, en d’autres mots, maintenant, que la terre aurait perdu 20 pour cent des plantes et animaux existant jusqu’alors. Le taux auquel Wilson faisait référence était incroyable et douloureux à lire. Il écrivait que la terre perdrait 27 000 espèces par année, soit 74 par jour ou 3 à l’heure, et ce, même si vous et moi n’avions pas d’armes à feu, aucune canne à moucher et même si nous n’avions jamais cueilli de champignons ou de bleuets de notre vie. Tristement, l’extinction est sans retour.

Je ne vais pas vous dire que je m’attarde sur des statistiques si déprimantes tous les matins que je marche mon chien. Il existe tellement plus de choses joyeuses. Rubens est un vrai chien d’oiseaux. Même s’il devient vieux, un peu fatigué et que son arthrose s’aggrave, il a quand même le visage le plus joyeux que je n’ai jamais rencontré. Je souhaite souvent être comme lui. Accueillir chaque journée comme si rien n’existait avant. « Hey boss, enfin tu es levé. Viens allons-y. » Alors que je me réveille tranquillement, et que j’essaie d’enfiler mes vieux pantalons et une nouvelle chemise camouflage, je me questionne à savoir pourquoi je ne range pas mes gants toujours au même endroit. Maintenant je ne peux les trouver, et j’échappe quelques sacres même si cela n’aide en rien. Pendant ce temps, Rubens court en faisant des aller-retour entre son bol d’eau et la porte d’entrée. En ouvrant la porte de mon casier pour prendre mon fusil, mon vieil ami commence à japper.

L’automne passe et tous les matins c’est souvent la même routine. Je sais que nous réveillions toute la maison quand j’ai de la difficulté à enfiler mes pantalons. Mais quand je passe la porte avec une brise fraiche qui emplie mes poumons, et que nous marchons vers le petit boisé, de l’autre coté des rails de chemins de fer, je me sens revive. Rubens est sous l’arbre en train de laisser sa marque. Je ne sais toujours pas s’il fait cela pour retrouver son chemin du retour ou pour annoncer au monde entier qu’il s’agit de sa forêt. D’un coup, il s’enfuit et commence à sentir quelque chose et suivre une piste. Je le rejoins sachant que quelque chose se produira très bientôt.

Tiré du Magazine Hooké

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